jeudi, 26 juin 2008

PETROLE Mode d'emploi

PETROLE Mode d'emploi
                                          Jean-Michel Vandenberg


Comme toute marchandise, le prix du pétrole dépend dans un marché libéral de l'offre et de la demande et de leur évolution l'une par rapport à l'autre.

L'offre
Elle subit une double contrainte : l'existence de réserves limitées et la capacité à extraire puis acheminer le pétrole.
L'estimation des réserves de pétrole n'est pas un exercice évident, celles-ci se répartissant en réserves prouvées (celles qui ont été physiquement identifiées et qui ont 95 % de chances de pouvoir être exploitées), en probables et possibles qui ont respectivement 50 % et 5 % de chances de pouvoir être exploitées. A l'heure actuelle, seules les réserves prouvées font l'objet d'un consensus de la part des experts, elles représenteraient quarante ans de consommation ( à consommation et extraction constante, soit 1 200 milliards de barils ). L'évolution des réserves probables et possibles dépendra alors fortement des progrès techniques permettant, outre l'extraction de pétrole à de plus grandes profondeurs, le raffinage du pétrole provenant de sources non conventionnelles (huiles lourdes et sables bitumineux par exemple).
Ainsi, l'augmentation du prix du pétrole a un effet positif sur l'offre en rendant possible ( car rentable ) l'exploitation de ressources pétrolières qui n'étaient pas exploitables avec un baril moins cher.
Depuis le début du XXe siècle, la production de pétrole a conu une croissance exponentielle, portée par la découverte de nouveaux gisements et par l'amélioration des moyens d'extraction. Toutefois, depuis 10 ans, cette hausse a été beaucoup plus limitée. Les prévisions concernant la production de pétrole à venir se concentrent sur la détermination du pic de production, le fameux pic de Hubert dont on nous promet l'avènement depuis trente ans. D'après les connaissances actuelles, ce pic devrait se produire entre 2020 et 2040 ? Une fois atteint, la production de pétrole commencerait son déclin, entraînant une tension toujours plus forte sur le marché à demande constante ou supérieure.


La demande
Celle-ci est bien évidemment en forte hausse. La consommation se répartit de la façon suivante : les transports sont responsables d'environ 50 % de la consommation de pétrole contre 10 % pour le résidentiel et 15 % pour l'industrie.

Ainsi, toute augmentation de l'activité économique ayant naturellement une influence positive sur la consommation en pétrole de l'industrie, la croissance des payx émergents et l'augmentation de leurs capacités industrielles pousse à la hausse le prix du baril.
Cependant, le plus gros consommateur de pétrole reste le Transport. On distingue au sein des Transports, les transports aériens (6 % de la consommation mondiale), maritimes (5 %) et routiers (41 %). Toute augmentation de la richesse des individus ainsi que l'augmentation des échanges internationaux entrainent donc une augmentation de la consommation de transports? Lorsque l'on sait qu'il y a aujourd'hui un peu plus de 500 millions de véhicules en circulation dans le monde et que les experts prévoient un doublement de ce nombre dans vingt ans, on imagine bien l'évolution de la demande future en pétrole si le mode de propulsion des véhicules n'évolue pas d'ici là.
Les perspectives économiques ont donc un aspect considérable sur la consommation de pétrole. Bien que les perspectives à court terme ne soient pas très favorables pour les pays occidentaux, la croissance record enregistrée dans les pays émergents (Chine bien sûr, mais aussi Inde et brésil) a un efet important sur la demande.
Les différents facteurs et données énoncés ci-dessus nous pousseraient donc à croire à une hausse du pétrole dans l'avenir, scénario déjà relayé par certaines banques et même par le président de l'OPEP qui voient le pétrole à plus de 200 USD. Il faudra, toutefois, avant de se constituer un scénario de marché, toujours avoir un regard critique quant aux données relatives au pétrole. Par exemple, si nous prenons le cas des réserves de pétrole des pays producteurs, on se rend compte que depuis trente ans elles restent stables, leur exploitation étant compensée par la hausse des réserves exploitables. Néanmoins, il faut savoir que les réserves de pétrole sont déclarées par les pays producteurs à leur entière discrétion...

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jeudi, 19 juin 2008

CNOOC, fer de lance de la conquète pétrolière chinoise

En plein quartier d'affaires de Chaoyang, le nouveau siège de la China National Offshore Oil Corporation (Cnooc) a des allures de quartier général de banque d'affaires. Après des années passées dans la discrétion, le numéro 3 du pétrole chinois s'était fait connaître du public en 2005, en mettant sur la table 18,5 milliards de dollars pour le rachat de la compagnie californienne Unocal. Chevron, son rival, offrait alors 1,4 milliard de moins.

Mais l'argent n'a pas suffi à ouvrir les portes de l'Amérique : la nouvelle a provoqué un tollé à Washington qui a retoqué la transaction. Une douche froide pour Cnooc, créée en 1982 par l'Etat chinois alors en pleine amorce de son ouverture, pour explorer des gisements de pétrole et de gaz au delà des frontières. Avec une spécialité : l'offshore.
Plus petite que ses deux puissants concurrents Petrochina et Sinopec, Cnooc est toutefois le plus dynamique des pétroliers chinois, menant des projets avec Amoco, Chevron, Texaco, Shell ou Agip.
Son destin s'accélère au début des années 1990, quand la Chine devient importatrice nette de pétrole. Ses dirigeants développent une obsession qui ne les quittera plus : la sécurité énergétique.

Dans ces conditions, rien d'étonnant à voir Industrial and Commercial  Bank (ICBC), premier prêteur chinois, accorder à Cnooc un prêt de six milliards de dollars, dont un tiers sans intérêts. De quoi aller chercher, loin, l'or noir. Depuis son entrée en bourse en 2001, sa filiale, cotée, a mené sept acquisitions. Dès 2002, elle avait ainsi déboursé 585 millions de dollars pour des filiales de Repsol-YPF en Indonésie, détenant des parts dans des champs pétroliers et gaziers. En 2006, Cnooc, présent aussi en Guinée équatoriale, sortait 2,7 milliards de dollars pour prendre 50 % de la concession OLM 130 au Nigéria. Mais il y a encore du travail : seulement 12 % de sa production est faite hors de Chine. Le groupe veut se développer à travers l'Asie, la mer caspienne, l'Afrique et l'Amérique du Sud.
Le chinois prévoit d'investir 50 milliards de dollars d'ici à 2020 pour se constituer des réserves équivalentes à trois milliards de barils (en comparaison, Total affiche 10 milliards).

Le groupe prévoit d'exploiter le plus grand champ d'éoliennes de Chine grâce à son projet dans la Province du Shandong, dont la construction doit commencer en octobre. Une ferme offshore de 1 100 MW pour trois milliards de dollars.
Il y a aussi la China Power New Energy Development, dirigée par Li Genyu, la fille du petit timonier Lip Peng, dont Cnooc détient 12,7 % depuis 2007. Ce groupe compte mettre en place des unités de production d'énergie verte (solaire, hydrauklique, éolien) d'une capacité de 1 500 MW d'ici à 2010. Il a 3 000 MW supplémentaires en projet ayant revu ses objectifs devant l'enthousiasme de ses actionnaires.
Explorations en eaux profondes, énergies nouvelles...Les chercheurs de la prestigieuse université de Jiaotong à Shanghai planchent ainsi avec les ingénieurs de Cnooc. Les hauts fonds marins intéressent un nombre croissant de pétroliers, mais les compagnies chinoises manquent d'expertise. Le groupe a eu recours à des ingéniéristes comme Technip pour des projets industriels, mais n'a pas gagné ses galons pour des projets en offshore profond.

Le seul risque pour Cnooc aujourd'hui est politique ; le gouvernement pourrait revoir ses choix stratégiques en décidant une fusion entre deux des grands pétroliers. Exactement ce qu'il vient de faire, il y a quelques jours, dans les télécommunications...

                                                                                  Jean-Michel Vandenberg 

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lundi, 09 juin 2008

LA FIEVRE DU PETROLE

LA FIEVRE DU PETROLE

 

Le pétrole à 130 dollars, un cours doublé en un an, multiplié par cinq en cinq ans... Le marché serait-il devenu fou ? Où plutôt n'est-ce pas nous qui avons été déraisonnables de nous en remettre à une seule source d'énergie, en voie d'épuisement, pour assurer l'essentiel de notre force motrice ? Le marché, lui, n'a fait que nous avertir à deux reprises déjà avant cette nouvelle alerte. En 1973, puis, en 1979, nous avions connu deux chocs pétroliers. Nous aurions dû prendre conscience de notre trop grande dépendance. Les contrechocs pétroliers ont effacé la mémoire des années 1970. Et nous avons négligé de profiter du répit qui nous avait été laissé pour nous adapter progressivement à des changements pourtant inéluctables.

 

La crise de 2008, à la différence des précédentes alertes, n'est pas que politique. Ce qui la rend sans doute plus durable. Depuis 1990, deux grandes régions du monde qui vivaient en marge de la société de consommation s'y sont ralliées : les pays de l'ex-bloc soviétique et l'Asie. Avec la Chine et l'Inde, ce sont près de trois milliards d'individus qui aspirent, comme nous, à se déplacer en voiture et en avion. La demande des produits pétroliers augmente donc, à un rythme élevé, selon une tendance lourde.

 

A ce facteur structurel vient s'ajouter un élément conjoncturel. La crise des crédits hypothécaires aux Etats-Unis a conduit les autorités financières américaines, pour sauver le système bancaire, à baisser les taux d'intérêt et à laisser filer le dollar. Les pays producteurs de pétrole, pour maintenir leurs revenus en dollars, ont augmenté les prix. Les spéculateurs, échaudés par les cours erratiques des actifs boursiers et des monnaies, ont investi dans lé pétrole et les matières premières, accélérant la hausse des cours. C'est cete spéculation qui introduit une grande incertitude sur le niveau des prix. Tout le monde se doute qu'elle n'est que temporaire, mais nul ne sait combien de temps cela durera.

                             Jean-Michel Vandenberg
 

21:01 Publié dans Bourséco | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : pétrole