mercredi, 19 novembre 2008

Crise : trois scénarios pour l'avenir

Crise : trois scénarios pour l'avenir

par Jean-Michel Vandenberg

Il peut paraître présomptueux de porter le regard vers l'avenir. Le passé récent montre à quel point les enchaînements de la finance peuvent être imprévisibles ! Mais il est néanmoins possible d'explorer quelques pistes pour tenter d'apprécier les forces en jeu. Nous  avons retenu ici arbitrairement trois scénarios très typés, qui ne se joueront pas tant à Washington ce week-end du 16 novembre que dans la volonté des uns et des autres au cours des années à venir.

le scénario "dur"
Première piste donc, le scénario "dur", où les pouvoirs publics prennent en main les leviers du pouvoir économique. A l'échelon national, les Etats entrent dans le capital des entreprises en difficulté, nomment des dirigeants, matraquent les gros salaires, freinent les licenciements. Chacun creuse son déficit budgétaire à sa manière - les Anglais en baissant les impôts, les Français en accroissant la dépense publique, les Américains en augmentant les subventions aux plus défavorisés. A l'échelon international, un régulateur financier mondial est créé dans l'orbite de la Banque des règlements internationaux, installée  dans une Suisse toujours neutre. Il exerce notamment une forte pression sur les paradis fiscaux. Les pays d'Asie, Chine en tête, acceptent de laisser leurs devises s'apprécier, en échange d'un rôle déterminant dans les institutions financières mondiales rénovées. L'activité repart assez tôt. Mais les comptes des Etats souffrent - des faillites peuvent même se produire. A long terme, les dettes publiques et le corset qui enserre la finance (et les autres activités économiques) plafonnent la croissance.

le scénario "mou"
Deuxième piste, le scénario "mou", où s'instaurent des coordinations informelles sur le modèle du Forum de stabilité financière. Les Etats sont actifs, leurs déficits gonflent, mais ils limitent leurs interventions en se contentant d'éviter les grosses catastrophes. Le chômage monte, le climat social devient tendu, des individus passent à l'action violente. A l'international, régulateurs et Etats ajustent leurs interventions pour renforcer la surveillance tout en incitant fermement les institutions financières à développer des mécanismes de régulation, sous l'oeil attentif d'organisations non gouvernementales comme Actionnaires du Monde ou Vigilance Finance. Le G8 s'efface peu à peu au profit du G20, qui devient un vrai directoire du monde, avec une forte légitimité (deux tiers de la population mondiale, 95 % du PIB). l'activité économique repart plus doucement que dans le scénario "dur", mais plus sûrement. La coordination souple peut s'étendre à d'autres sujets majeurs, comme l'environnement.

le scénario "années 1930"
Troisième piste enfin, le scénario "années 1930". Autrement dit, les pays enclenchent une spirale dépressive en s'enfermant dans leurs problèmes. Au nom de l'intérêt national qui l'emporte sur l'intérêt mondial, chacun soutient ses banques et ses entreprises à sa manière, ce qui fausse la concurrence. La tentation grandit de fermer les frontières. Celle de faire baisser les taux de change pour soutenir les exportations aussi. A côté, les paradis fiscaux s'épanouissent. Ce scénario-là est le plus connu, puisqu'il a déjà été exploré dans les années 1930. Il amène à coup sûr des catastrophes économiques, une production qui dégringole, un chômage qui explose. Il peut aussi déboucher sur la guerre. Cette perspective ne suffit hélas pas à l'exclure. Mais le pire n'est pas le plus probable.

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