jeudi, 19 juin 2008

CNOOC, fer de lance de la conquète pétrolière chinoise

En plein quartier d'affaires de Chaoyang, le nouveau siège de la China National Offshore Oil Corporation (Cnooc) a des allures de quartier général de banque d'affaires. Après des années passées dans la discrétion, le numéro 3 du pétrole chinois s'était fait connaître du public en 2005, en mettant sur la table 18,5 milliards de dollars pour le rachat de la compagnie californienne Unocal. Chevron, son rival, offrait alors 1,4 milliard de moins.

Mais l'argent n'a pas suffi à ouvrir les portes de l'Amérique : la nouvelle a provoqué un tollé à Washington qui a retoqué la transaction. Une douche froide pour Cnooc, créée en 1982 par l'Etat chinois alors en pleine amorce de son ouverture, pour explorer des gisements de pétrole et de gaz au delà des frontières. Avec une spécialité : l'offshore.
Plus petite que ses deux puissants concurrents Petrochina et Sinopec, Cnooc est toutefois le plus dynamique des pétroliers chinois, menant des projets avec Amoco, Chevron, Texaco, Shell ou Agip.
Son destin s'accélère au début des années 1990, quand la Chine devient importatrice nette de pétrole. Ses dirigeants développent une obsession qui ne les quittera plus : la sécurité énergétique.

Dans ces conditions, rien d'étonnant à voir Industrial and Commercial  Bank (ICBC), premier prêteur chinois, accorder à Cnooc un prêt de six milliards de dollars, dont un tiers sans intérêts. De quoi aller chercher, loin, l'or noir. Depuis son entrée en bourse en 2001, sa filiale, cotée, a mené sept acquisitions. Dès 2002, elle avait ainsi déboursé 585 millions de dollars pour des filiales de Repsol-YPF en Indonésie, détenant des parts dans des champs pétroliers et gaziers. En 2006, Cnooc, présent aussi en Guinée équatoriale, sortait 2,7 milliards de dollars pour prendre 50 % de la concession OLM 130 au Nigéria. Mais il y a encore du travail : seulement 12 % de sa production est faite hors de Chine. Le groupe veut se développer à travers l'Asie, la mer caspienne, l'Afrique et l'Amérique du Sud.
Le chinois prévoit d'investir 50 milliards de dollars d'ici à 2020 pour se constituer des réserves équivalentes à trois milliards de barils (en comparaison, Total affiche 10 milliards).

Le groupe prévoit d'exploiter le plus grand champ d'éoliennes de Chine grâce à son projet dans la Province du Shandong, dont la construction doit commencer en octobre. Une ferme offshore de 1 100 MW pour trois milliards de dollars.
Il y a aussi la China Power New Energy Development, dirigée par Li Genyu, la fille du petit timonier Lip Peng, dont Cnooc détient 12,7 % depuis 2007. Ce groupe compte mettre en place des unités de production d'énergie verte (solaire, hydrauklique, éolien) d'une capacité de 1 500 MW d'ici à 2010. Il a 3 000 MW supplémentaires en projet ayant revu ses objectifs devant l'enthousiasme de ses actionnaires.
Explorations en eaux profondes, énergies nouvelles...Les chercheurs de la prestigieuse université de Jiaotong à Shanghai planchent ainsi avec les ingénieurs de Cnooc. Les hauts fonds marins intéressent un nombre croissant de pétroliers, mais les compagnies chinoises manquent d'expertise. Le groupe a eu recours à des ingéniéristes comme Technip pour des projets industriels, mais n'a pas gagné ses galons pour des projets en offshore profond.

Le seul risque pour Cnooc aujourd'hui est politique ; le gouvernement pourrait revoir ses choix stratégiques en décidant une fusion entre deux des grands pétroliers. Exactement ce qu'il vient de faire, il y a quelques jours, dans les télécommunications...

                                                                                  Jean-Michel Vandenberg 

13:10 Publié dans Bourséco | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : pétrole, chine